Lavandula latifolia
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Choisir une région et l’affichage des cartes IGN qui indique reliefs et altitudes. Zoomer, dézoomer. Identifier des zones favorables à la présence de l’espèce recherchée, si l’on connait la nature des sols de la région illustrée. Et décider d’une destination de cueillette, sans garantie. En 2018, vivant face à la montagne d’Angèle en Drôme Provençale, je parcourais les marnes sèches pieds nus, panier à l’épaule et l’œil aux aguets. Une hélichryse là, un genêt scorpion ici, des tilleuls et leur ombre, des cormiers rares, des châtaigners aux ports mélancoliques, des rosiers, aubépines, orchidées, tous sauvages et épargnés par les troupeaux de printemps. Un jour, sous ce bois de pins, curieuse des lièvres fougueux, je vis cette lavande qui ne ressemble pas à la vraie, “femelle” et fine des versants de 900 à 1800 m d’altitude. Elle, était à feuilles larges, vert tendre comme le printemps. Un léger frottement entre le pouce, l’index et le majeur, pour absorber son odeur. Impossible de l’oublier depuis, les circuits neuronaux qui conduisent une senteur à se graver sur les parois de notre mémoire sont tenaces. J’en cueillis assez pour les mettre à macérer au soleil. Cette huile préparée est la plus douce de toutes celles que j’ai testé depuis. Hier, jour de lune noire, je partis pour la première fois en quête de Lavandula latifolia, rare car siégeant entre 600 et 900m, ni plus ni moins. 1h30 de route me conduis à un sentier. Une faucille à la main, le silence au-dessus des battements du cœur, le nez me guidait vers elle, les yeux cherchait à reconnaitre son habitat préféré. Au pied de ces aiguilles de pin, aux côtés des cistes, des romarins et des hélichryses, il y avait une chance de la trouver. Dans ces moments-là, rien d’autre que la visite de ce biotope n’existe. Entre chants d’oiseaux, araignées, châtoiement de couleurs, lumières, textures, formes, une symphonie suit son mouvement, discret. Avant de la voir, je sais. La voilà.